Elsa Escaffre

Créations littéraires et plastiques

 

[ ce qui s’écrit, se réécrit ]

textes, COLLABORATIONS, articles

 

Soufflez. FORT !

 

Article sur une friche culturelle Havraise

 Revue 2017 & plus, n° 14, Juin 2017, Ville du Havre

 

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© Simon Leroux

Passages en force avec Julia Leredde

Présentation du spectacle éponyme, Cie Ironie du Corps

Un carrefour. Lieu de croisements, de rencontres éphémères. Et pourtant. Jeux de regards en coin, aux coins, d’angles morts et de coups d’œil arrière. Piétons, cyclistes et véhicules activent leur vision périphérique pour éviter la collision. Alors, au détour des rues, les vies se côtoient, se frôlent pour finalement s’échapper et poursuivre leurs trajectoires.

À la jonction des voies de circulation, d’autres choix se proposent en filigrane : chemins à emprunter, parcours à affirmer. Légères bifurcations ou grands virages, c’est au gré des rencontres que les directions changent. Les envies s’y dessinent, certaines arrivent à destination, d’autres échouent sur le bas-côté. Parce qu’il n’est pas si simple de toucher au but, parce que l’univers résiste   s’immisce la tentation de passer en force. S’imposer, coûte que coûte, envers et contre tout.

Ou faire différemment. Danser dans un carrefour.

Le corps mis à l’épreuve esquive les postures obligatoires, cherche des appuis, autour, dans la rue. Se permet de prendre place, face aux réactions des passants, des voitures. Il s’adapte et feinte, sans empêcher. La danse détourne les usages et s’en amuse. Elle invite à la bienveillance là où celle-ci n’est pas évidente.

Extrait du dossier de presse du spectacle Passage(s) en force

© Studio Courte Échelle

 

Syllogomanie

 Introduction à l’exposition Musique de Chambre, Studio Courte Échelle

 On pourrait croire que pousser les murs pour faire de la place aux idées, aux kilos de papier entassés, aux câbles récupérés, aux machines à réparer, est le fantasme ultimes des victimes du syndrome de Diogène, ces accumulateurs d’objets et déchets incapables d’envoyer valser les restes au tri sélectif. Leurs appartements encombrés, gonflés de l’intérieur passent alors d’espaces privés à lieux privés d’espace. Les marges de manœuvres s’y réduisent comme peaux de chagrin. Les trajets minimum, cuisine—salle de bain—salon, prennent des allures de montagnes russes. Il faut escalader le trop-plein, enjamber les tas, marcher sur les piles comme on passe de pierre en pierre pour traverser la rivière. L’appartement se mute en terrain de jeu, ou de chasse, ou théâtre d’opérations invisibles. Tout est bouleversé, littéralement : le dessus est dessous, les arrêtes s’arrondissent et le plancher se relève de plusieurs centimètres. L’espace augmente de l’intérieur, le corps cherche des appuis, s’invente un parcours. Alors s’entrouvrent d’autres perspectives. Encore faut-il se faire à la folie douce de ces nouvelles coordonnées.

Mais peut-être que Diogène n’y est pour rien, peut-être qu’il suffit de prendre d’autres mesures pour repenser le volume quotidien, que les lieux s’accordent enfin à la taille des pensées et que l’ensemble sonne juste. Alors on pourrait croire aux petites musiques de nuit qui font vibrer la tête de l’idée folle de pousser les murs.

 

© Christelle Geronimi, Vallée d’Asco

Un œil ouvert, un œil fermé

Sur le travail photographique de Christelle Geronimi

Un œil ouvert et un œil fermé, c’est ainsi que se regarde le travail de Christelle Geronimi. Cet exercice mental permet d’éprouver les images de la photographe en ce qu’elles comptent de dualité.

L’œil est grand ouvert sur ces paysages, ou plutôt ces étendues qui ne savent pas être retenues par le cadre. Les dunes, les falaises, les collines s’échappent aux bords de l’image. Un homme seul, posté dans le paysage, semble tout à la fois admirer la nature environnante et laisser la conscience de sa propre fragilité s’infiltrer.Cette infime présence humaine oscille entre contemplation silencieuse et surgissement de ressentis plus opaques.

C’est alors que l’œil fermé relaie la pensée en la faisant plisser vers l’intérieur. Les souvenirs de paysages gardés en mé- moire traversent l’oubli pour venir affleurer la paupière baissée du rêveur. Dans ce temps suspendu, les repères familiers enfouis transparaissent en filigrane. Les émotions tapies, les sentiments fragmentés reviennent s’accrocher à l’esprit égaré.

Les photographies de Christelle Geronimi sont de brèves haltes dans la traversée d’âpres territoires et leur persistance double le paysage auquel fait face celui qui regarde, l’œil à présent mi-clos.

Exposition Paysages d’enfance, Centre Méditerrannéen de la Photographie

Le Syndrome de Pontier, Pol Bury

Quatrième de couverture de l’ouvrage, éditions Allia

Le Syndrome de Pontier ou l’Inspiration Surveillée est un KO-debout dans le combat opposant artistes et détenteurs du pouvoir artistique. Pol Bury relève les paradoxes, les logiques à double-sens, les renversements qui constituent le marché de l’art. En prenant à témoin le duel Cézanne-Pontier, il dénoue avec humour et précision les relations viciées, et persistantes, entre ceux qui créent et ceux qui ont le privilège d’évaluer le produit créé. Système de troc, calcul de potentiel marchand sur la base de dogmes poussiéreux, logiques du contre, de la feinte, en somme tout un panel de jeux de stratégie et d’adresse, qui visent à faire monter la Cote de l’un et à faire tomber l’autre. Il s’agit d’estimer la valeur en se défaussant des qualités artistiques pour flatter la « valeur vénale » des œuvres. Pol Bury produit là un texte court, vif, espiègle, qui relève les incohérences d’un milieu et remet les compteurs à zéro.

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